Les faits

Sciences. En Indre-et-Loire, un club d’escrime propose des ateliers pour panser les blessures des violences sexuelles.

De notre correspondant régional Xavier Renard à Tours (Indre-et-Loire), 06/01/2020 à 17:30

Une fois par mois, la salle d’armes de l’Amicale montoise d’escrime, près de Tours (Indre-et-Loire), réunit, depuis quatre ans, une dizaine de victimes de violences sexuelles pour une séance d’escrime thérapeutique. Des femmes pour l’essentiel, et parfois des enfants. Mis au point en 2012 par la gynécologue et endocrinologue Violaine Guérin, présidente de l’association Stop aux violences sexuelles, et la Fédération française d’escrime, le protocole dure un an, soit 10 séances de quatre heures.

Panser les blessures des victimes

L’enjeu n’est pas de proposer des cours de self-defense. Mais de panser les blessures des victimes à travers un programme qui vient compléter les psychothérapies plus classiques. Entourées par le maître d’armes, un médecin, des psychologues et des kiné-ostéopathes, les participantes apprennent, par le maniement du sabre, à « réassocier le corps et la tête, à se reconnecter à leurs émotions, à retrouver la confiance perdue », explique Bertrand Garreaud, le maître d’armes.

L’escrime présente l’avantage de mettre l’adversaire à bonne distance : « L’absence de prise et de contact direct, si ce n’est pas le biais du sabre, a son importance », poursuit-il. Masquées et protégées, les victimes découvrent qu’elles peuvent reculer pour mieux attaquer. Ce sport de l’instinct les oblige, en outre, à réagir rapidement, sans réfléchir. « C’est une bonne manière de faire décrocher le cerveau », souligne Nathalie Jan, médecin, également présidente de l’association Dire et guérir les violences sexuelles.

Plus de six cents personnes ont bénéficié de ce protocole

Depuis qu’elle s’est inscrite dans cette démarche en septembre 2019, Jeanne (1), 50 ans, qui a été abusée à l’âge de 14 ans par un oncle « toujours vivant », a réduit sa consommation de psychotropes. Cette ancienne infirmière, en arrêt maladie depuis plusieurs années, se tourne à nouveau vers l’avenir, espérant s’inscrire prochainement dans une formation à un métier manuel, « pour changer de vie en pensant un peu moins aux autres et un peu plus à (elle) ».

En plus de Monts, ces ateliers sont proposés à Paris, Bordeaux, ou Marseille. Plus de six cents personnes ont bénéficié de ce protocole. Une bande dessinée de Quentin Zuttion met en lumière les bénéfices de cette pratique à travers un récit de fiction (Touchées, Payot Graphic, 2019).

(1) Son prénom a été modifié à sa demande.